Guinée: Alpha Condé, la fin brutale d’une carrière politique mouvementée

Un Comité national du rassemblement et du développement (CNRD), dirigé par le chef des forces spéciales, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, annonce avoir arrêté Alpha Condé et suspendre la Constitution. Les putschistes disent que le chef d’État est avec eux et qu’il va bien. En dehors de quelques images et vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, aucune autre nouvelle d’Alpha Condé. Celui qui a dirigé la Guinée pendant onze ans et venait d’être élu pour un troisième mandat, a marqué la vie politique guinéenne pendant un demi-siècle. Une carrière à rebondissements durant laquelle il aura connu l’exil, la prison et le pouvoir suprême.

Alpha Condé et la politique, c’est une histoire vieille d’un demi-siècle. La politique a toujours été son élément. Il y est entré dès ses études dans les années 1960, en France, au sein de la FEANF, la Fédération des étudiants d’Afrique noire. Alors que la Guinée vit sous le régime autoritaire de Sekou Touré, Alpha Condé fonde depuis Paris un mouvement d’opposition, ce qui lui vaudra une condamnation à mort par contumace de Sekou Touré.

Après la mort de ce dernier, et alors que le pays se démocratise, il rentre en Guinée et met sur pied le RPG, le Rassemblement du peuple guinéen, parti devenu l’excroissance de cet homme à la forte personnalité et aux idées marquées à gauche. Battu aux élections présidentielles de 1993 et 1998 par Lansana Conté, il est arrêté puis jeté en prison.

Celui que l’on surnomme alors un peu hâtivement « le Nelson Mandela d’Afrique de l’Ouest » sera condamné à cinq années de prison, puis libéré au bout de vingt mois sous la pression internationale. Il lui faudra attendre la mort de Lansana Conté en décembre 2008 et la déliquescence du régime putschiste de Moussa Dadis Camara pour qu’il accède enfin au pouvoir en 2010 à la faveur d’une élection présidentielle contestée.

S’ensuivent dix années de pouvoir souvent solitaire et parfois autoritaire, où ce politicien rusé mettra tout en œuvre pour conserver son fauteuil, faisant fi de la contestation populaire et d’une opposition qui lui reprochait de manipuler les urnes et la Constitution.

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